Bruges, le 19 juin 2006, 15 h.
On pourra toujours faire le fine bouche, se la jouer "Nous ne sommes pas des touristes, nan nan, nan...", pourtant chaque visite de Bruges s'amorce par un singulier vertige. Amusément, le carillonneur s'énerve sur "L'hymne à la joie". Serait-ce pour annoncer notre (très européenne) arrivée dans l'illustre cité marchande ? Jacques reste bloqué par la densité de maisons médiévales. Monument du genre, la "groot place" nous téléporte dans le passé. On guetterait presque le dresseur d'ours, le malandrin et le riche drapier.
Passé ce flash, c'est une illumination qui nous scotche la rétine avec un détour par le béguinage. A l'instar des principaux sites, le lieu est évidemment classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Un statut qui reflète pourtant difficilement le climat qui règne en ces lieux dépouillés. Hasard de la vie, notre parcours au sein de l'enceinte rencontre l'enterrement d'une religieuse. Chants cristallins et ambiance mystique, Bruges délivre alors un autre visage, plus recueilli. comme habité. Loin de la visite organisée, notre regard se porte ensuite sur les échappées proposées par les très rouge et hi-tech centre administratif brugeois. Surplombant, la vieille ville, l'endroit se confond pourtant admirablement avec les proches ruelles. Cette remarque n'est pas anecdotique et reflète surtout l'intelligence flamande en matière de gestion urbanistique. Un programme qui s'exprime par un investissment économique complet du cadre patrimonial. Ainsi n'est il pas rare de voir des bureaux loués dans le coeur de la vieille ville. Une mixité dans les fonctions confirmé par des clash stylistiques conséquents (voir photo). Fidèle soutien fourmisien à la Réunion (vive les joies du village mondial !), Thierry Denys apprécierait certainement la politique en la matière. Le passé cherche le futur et c'est beau.
Une dernière bordée par les proches stations balnéaires donne un autre aperçu. Hormi, Knokke, l'ancienne, c'est un littoral bétonné qui leste ainsi le cordon littoral. Malheureusement, les maisons d'époque sont cachées et plus généralement rasées : vive le boom immobilier, et tant pis pour l'art Déco... Sur la route du retour, le secteur de Damme déroule la plaine flamande à perte de vue. Pour l'histoire, c'est ici que Jacques Brel aurait composé l'une de ses plus grandes chansons. "Avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu"...Si la prose est imparable, le constat, lui, s'impose : de par sa rudesse et paradoxale lumière, ce plat pays est AUSSI le nôtre...
A demain pour une exploration des joyaux gantois. Sans oublier notre petit jeu dit du néerlandais "Tu verras, c'est facile..." Aujourd'hui, notre choix se porte sur le mot "gezelligste stad". Tous à vos dicos linguistiques internet !!!